Les sciences cognitives nous en apprennent plus sur le fonctionnement du cerveau. Comment les utiliser concrètement pour améliorer son cours d’anglais au collège ? Voici ce que j’en ai retenu — et ce que j’en ai fait en classe depuis quatre ans.
Article publié en juillet 2022, mis à jour en juillet 2026
Ma formation en sciences cognitives
Dans mon établissement, nous avons suivi une formation sur 2 jours concernant les sciences cognitives et leur apport dans l’enseignement en général. Globalement, j’ai trouvé ces deux jours de formation très intéressants. J’y ai appris de nombreuses petites choses et j’ai trouvé la formatrice, Emilie Decrombecque passionnée par son sujet. Ce qui est, il faut l’avouer, trop rare dans les formations PAF. Je vous propose ce matin de partager ici les grandes lignes de ce que j’y ai appris et les quelques outils/activités mis en place dans le cadre des sciences cognitives dans ma classe.
Les grandes lignes
Tout d’abord, et je trouve essentiel de le préciser, même si les sciences cognitives sont présentées comme LA solution à toutes les difficultés des élèves, aucun des outils présentés ne m’a semblé révolutionnaires au point de changer totalement ma façon d’enseigner. Mieux que cela d’ailleurs, j’ai trouvé qu’en langues, on utilisait déjà de nombreux outils présentés aux autres disciplines comme utiles ! Cette formation a d’ailleurs renforcé certains concepts découverts lors de la lecture du livre Je découvre comment apprendre de Virginie Collin et sketchnoté pour vous ci-dessous.
Ce que je retiens
Ensuite, si j’écris cet article aujourd’hui et non pas juste après la formation, c’est parce qu’il ma fallu prendre du recul et tester des outils pour savoir ce que je voulais garder de cette formation.
La première chose que je retiens est que le domaine 2 apprendre à apprendre est souvent évalué alors qu’on n’apprend que trop rarement à nos élèves à travailler. Ici aussi, je trouve qu’en langues on fait partie des exceptions. Nos élèves fabriquent leurs listes de verbes irréguliers, utilisent des flashcards et sont formés à la méthodologie en CO/CE depuis bien longtemps. Mais est-ce suffisant ?
La deuxième chose que je veux retenir c’est que les sciences cognitives sont très liées à la gestion des émotions et au Growth Mindset. Une nouvelle fois, on voit qu’on est aussi en avance sur ce concept que de nombreux collègues ont découvert lors de la formation.
La dernière chose est qu’on peut fournir les outils aux élèves mais que la clé est quand même de leur faire construire. D’où les idées testées en classe cette année et dont je vous parle tout de suite.
Ce que je nuance
Malheureusement, comme souvent dans l’éducation nationale, quand une nouvelle théorie pédagogique fait son apparition, on a tendance à nous la présenter comme la solution miracle. En nous présentant les neuromythes par exemple la formatrice a démonté certains concepts enseignés pendant notre formation initiale. Alors je sais que la pédagogie est une science qui évolue, mais je suis un peu vieille école et refuse de jeter des systèmes et outils qui fonctionnent pour mes élèves. L’apprentissage par coeur en fait partie. Mais je suis très loin d’être un experte sur la question et surtout, je vous partage ici mon opinion personnelle, mon ressenti professionnel. Vous avez le droit de ne pas être d’accord, et je me réserve le droit de ne pas, à mon tour, être d’accord avec vous. Je ne crois pas aux solutions miracles. Si elles existaient, nous n’aurions plus de boulot. Ni d’élèves en difficultés.
Les concepts clés à connaître
Avant de présenter mes outils, voici les concepts des sciences cognitives qui ont le plus influencé ma pratique. Je ne suis pas chercheuse — je suis prof d’anglais. Ce que je vous partage ici, c’est ma lecture de terrain, pas un cours de neurosciences.
La récupération espacée
Le principe est simple : revoir une information à intervalles croissants (J1, J3, J7, J21) plutôt qu’en bloc la veille d’une évaluation. Le cerveau consolide mieux ce qu’il doit récupérer plusieurs fois, à des moments différents. En pratique dans ma classe, c’est le principe derrière mes fiches mémo avec calendrier d’apprentissage intégré. L’élève ne relit pas sa fiche — il se teste dessus, à des intervalles précis. Ce n’est pas une contrainte supplémentaire : c’est une façon de travailler moins mais mieux.
L'effet de récupération (testing effect)
Se tester soi-même est bien plus efficace pour mémoriser que de relire ses notes. Roediger et Karpicke l’ont démontré dans des études devenues des références : la difficulté désirable de la récupération — le fait de chercher, de faire un effort pour retrouver une information — renforce l’ancrage mémoriel bien plus que la simple relecture passive.
En clair : un élève qui relit ses verbes irréguliers trois fois apprend moins bien qu’un élève qui se teste une seule fois en se cachant la colonne des formes.
C’est pour ça que j’utilise des flashcards, des défis-mémoire et Quizlet — pas par effet de mode, mais parce que ces outils forcent la récupération active. Et c’est pour ça aussi que je préfère les QCM Pronote aux exercices de simple reconnaissance.
La métacognition
La métacognition, c’est la capacité à réfléchir sur ses propres apprentissages — à se demander « est-ce que j’ai compris ? », « qu’est-ce qui me bloque ? », « comment je travaille ? ». John Hattie, dans sa méta-analyse portant sur des milliers d’études, classe la métacognition parmi les facteurs les plus puissants pour la réussite scolaire. Un élève métacognitif n’attend pas que le prof lui dise où il en est. Il le sait. Donc, il ajuste. Et, il cherche. En pratique, développer la métacognition chez mes élèves passe par plusieurs canaux : les fiches mémo qu’ils construisent eux-mêmes, les moments de bilan en fin de séquence, et surtout le travail en AP sur « apprendre à apprendre ». Ce n’est pas inné — ça s’enseigne, comme n’importe quelle compétence.
L'inhibition
L’inhibition, c’est la capacité à forcer son cerveau à ne pas se laisser distraire par le chemin le plus simple — à résister à l’automatisme pour se concentrer sur une tâche précise. C’est la base de l’attention volontaire. Dans un monde où les sollicitations sont permanentes, cette compétence est de plus en plus difficile à développer chez les adolescents. Et pourtant elle est indispensable : impossible d’apprendre une langue sans pouvoir maintenir son attention sur un document sonore, un texte, une consigne. C’est pour travailler l’inhibition que j’ai créé un rituel fondé sur l’effet Stroop appliqué à l’anglais — un exercice où la difficulté est précisément de ne pas répondre de façon automatique. Simple à mettre en place, très efficace pour poser le début de cours.
Le Growth Mindset
Le Growth Mindset, théorisé par la psychologue Carol Dweck, repose sur une conviction simple mais puissante : les capacités ne sont pas figées. Elles se développent par l’effort, la stratégie et la persévérance. À l’opposé, le Fixed Mindset considère qu’on est « bon » ou « mauvais » en anglais — et que c’est définitif.
Cette croyance change radicalement le rapport à l’erreur. Un élève en Fixed Mindset vit l’erreur comme une preuve de son incompétence. Un élève en Growth Mindset la vit comme une information utile sur ce qu’il lui reste à apprendre. En cours d’anglais, c’est particulièrement important : la prise de risque à l’oral, l’acceptation de ne pas tout comprendre, la persévérance face à un texte difficile — tout cela repose sur un Growth Mindset solide. Et ça se travaille, dès la 6e.
Les sciences cognitives dans ma classe
La méthodologie explicite
Voilà bien un élément qui m’oppose généralement à nos inspecteurs. Je suis persuadée que l’AP doit consister non pas uniquement mais aussi à de la méthodologie pour justement leur APPRENDRE à apprendre. Et pour réussir à atteindre cet objectif, je dois leur ENSEIGNER à apprendre. Depuis plusieurs années, j’utilise un dossier d’AP très complet avec des nombreuses fiches de méthodologie. Ce dossier a été mis à jour cette année pour prendre en compte des modifications essentielles. Un extrait gratuit est présent sur la boutique pour vous permettre de le tester, si vous le souhaitez.
Et je sais qu’on peut leur dire comment travailler. Vite fait en début d’heure. Mais j’aime qu’ils gardent une trace écrite de tout ce travail. Grâce à une mise en page unique, ils retrouvent leurs fiches méthodes facilement dans le cahier quand ils en ont besoin. Et j’ai aussi une copie dans un classeur accessible en classe.
Les fiches mémo
Un des outils que j’ai tout de suite adopté ce sont les fiches mémo pour les concepts grammaticaux. Mais, erreur de débutante, au départ je les fournissais complétées aux élèves. Depuis 2 ans maintenant, je fournis des fiches mémo à construire par les élèves en salle informatique. Et je leur apprends à apprendre en incluant un « calendrier » de reprise expansée directement dessus. Le calendrier de reprise expansée « oblige » l’élève à apprendre sa fiche à J1, J3, J7 et J21 pour s’assurer une bonne mémorisation. Deux fiches mémo sont disponibles après inscription à notre newsletter :
Quizlet
De plus, l’outil plébiscité lors de la formation et que j’adore depuis longtemps est Quizlet. Ce signe vous permet de créer (ou d’utiliser) des sets de flashcards au format numérique avec la plus grande facilité. Vous entrez vos listes (il peut même vous suggérer les traductions …), et il transforme le tout en flashcards sonores que vous pouvez illustrer. Vos élèves peuvent s’entraîner au sein de votre classe ou à la maison grâce à des jeux très sympas auto-générés par le site. J’hésite depuis longtemps à demander un abonnement pro à mon établissement, et je pense sauter le pas à la rentrée. Voici par exemple le défi-mémoire des 3e sur leur summer review de l’an passé :
Les cartes mentales
Ensuite, et parce que je suis moi-même une véritable adepte des cartes mentales, ces dernières ont une place de choix dans mon enseignement. Elles sont présentes dans mon travail et mes préparation ; et je les utilise tant en anticipation de séquence qu’en bilan. Et parfois, elles sont même ma tâche finale. Pour en savoir plus sur les cartes mentales, vous aimerez sans doute lire cet article qui leur est dédié.
Les verbes irréguliers
S’il y a bien une bête noire des élèves, ce sont les verbes irréguliers. J’ai donc appliqué les principes des sciences cognitives à cet apprentissage. Donner du sens en illustrant. Proposer différents moyens pour les mémoriser (fiches mémo, quizlet, liste à créer soi-même, flashcards photos) et proposer un calendrier d’apprentissage. En 3e, j’ai gardé 108 verbes soit 3 verbes par semaine. En leur présentant ainsi et en les évaluant tous les mois, j’espère obtenir de résultats sur le long terme.
La mise au calme des esprits
Outre les lectures offertes qui sont un rituel important dans ma classe, j’utilise aussi la méditation, in English please, ainsi que le yoga avec les 6e et 5e (quand ils sont réceptifs). C’est un petit moment que j’aime beaucoup, surtout le vendredi après-midi ou les jours où ils ont des emplois du temps chargés.
Merci à Emilie pour son commentaire 😉
Les petites nouveautés
En vie de classe en 6e, mon projet d’année tournera donc autour du domaine 2, apprendre à apprendre.
L'inhibition
Je veux d’abord travailler avec eux l’attention et donc l’inhibition. C’est à dire la capacité à forcer son cerveau à ne pas se laisser distraire par le chemin le plus simple. Et à se concentrer sur une tâche, un objectif précis. Pour ce faire, j’ai créé un nouveau rituel fondé sur l’effet Stroop. Appliqué à l’anglais, cela me permettra en plus de revoir les couleurs car les 6e de l’an passé ne les maitrisaient pas à l’arrivée en 6e et j’en ai été bien ennuyée.
Le Growth Mindset
Ensuite, j’ai l’intention de les armer pour affronter l’erreur. Je les trouve toujours beaucoup trop inquiets à l’idée de se tromper mais surtout bien incapable de rebondir après avoir commis une erreur. Or, on n’avance pas dans la vie sans se tromper ni sans apprendre de ses erreurs ! Cette ressource est en cours de création à 4 mains avec Eric et en partenariat, pour la 1ere fois, avec nos deux adolescents ! #staytuned
Le Sketchnoting
Enfin, si vous me suivez depuis quelques temps, vous connaissez ma passion pour la pensée créative et pour le sketchnoting. Mon projet de club sur le sujet a été accepté au début du mois par notre principale et je me lance dans un atelier du midi sur le sujet. L’idée est évidemment de leur donner le goût du sketchnoting mais surtout de leur apprendre à se créer des outils pour apprendre et mémoriser. Voici 3 livres qui m’ont aidée à progresser :
Ressources disponibles
Vous trouverez de nombreuses ressources sur la boutique d’Eric mentionnées dans cet article.
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Fiche mémo modifiable
Note 5.00 sur 53,00€ Voir la ressource -

Rituel – Couleurs 6e
Note 5.00 sur 52,00€ Voir la ressource -

Flashcards Verbes Irréguliers
Note 5.00 sur 52,00€ Voir la ressource -

Activité yoga en anglais
Note 5.00 sur 53,00€ Voir la ressource -

Rituel – Verbes irréguliers 5e
2,00€ Voir la ressource -
Promo !

[AP] Accompagnement personnalisé anglais – Méthodologie
Note 5.00 sur 530,00€Le prix initial était : 30,00€.27,00€Le prix actuel est : 27,00€. Voir la ressource -

Rituel – Méditation en anglais
3,00€ Voir la ressource -
Promo !

Défis-mémoire Verbes Irréguliers Collège
Note 4.90 sur 515,00€Le prix initial était : 15,00€.12,00€Le prix actuel est : 12,00€. Voir la ressource
3 commentaires
Merci pour cet article très intéressant. J’ai découvert le concept de growth mindset il y a peu, j’ai envie d’en apprendre plus. J’ai hâte de voir ce que vous allez proposer sur ce thème.
Hello! Merci pour cet article très intéressant. Tu aurais pu ajouter les activités de relaxation pour se concentrer et pour la « mise au calme des esprits »!! De mon côté, j’essaye de me mettre à tout ça dès la rentrée. Belle journée et bonnes vacances!
Mais ouiiiiii je les ajoute de suite car je fais de la méditation et du yoga avec les plus petits !