Avec les nouveaux programmes de 5e, beaucoup d’entre nous ont eu ce réflexe bien naturel : repartir de zéro. Pourtant, en prenant un peu de recul, on se rend compte que certaines de nos anciennes séquences s’inscrivent déjà très bien dans les axes proposés… à condition de les relire avec un œil nouveau.
Cet article s’inscrit dans une série d’articles dédiés aux nouveaux programmes de 5e. Vous pourrez le retrouver en fin d’article.
Introduction
Comme pour les 6e l’an dernier, à la lecture des nouveaux programmes de 5, j’ai eu l’impression de ne quasiment rien pouvoir réutiliser. A part ma séquence Harry Potter ou Charlie et la Chocolaterie qui s’inscrivent évidemment dans ces nouveaux programmes, les autres avaient l’air de flotter autour des axes. D’ailleurs, certains objets d’étude me paraissaient très obscurs, pour ne pas dire abscons.
Mais, j’ai décidé de prendre du recul et de revenir vers ces programmes avec un regard nouveau. C’est notamment pour deux séquences que j’affectionne particulièrement que ces programmes me déplaisaient. La première sur la légende du roi Arthur que j’utilisais pour le côté historique, et une autre sur Saint George et le dragon pour les légendes.
À première vue, je ne trouvais pas d’angle pour les rattacher en 5e. Pire, St George et le dragon semblait devoir glisser en 6e, et les objectifs linguistiques auraient dû être entièrement revus. Puortant, elles relèvent toutes les deux de l’imaginaire donc de l’axe 3. Qui plus est, elles s’inscrivent dans deux objets d’étude tout en travaillant deux problématiques très différentes.
Mondes réels, mondes rêvés
La problématique
Comment l’imaginaire s’inspire-t-il du réel pour construire un monde crédible et porteur de valeurs ?
Lorsque j’ai lu l’intitulé « Mondes réels, mondes rêvés », j’ai pensé immédiatement à des univers fantastiques. Mais ce que souligne le programme, c’est surtout le lien entre les deux : l’imaginaire ne naît jamais de rien. Il transforme, amplifie, réinvente le réel.
Et c’est précisément là que la légende du roi Arthur trouve toute sa place.
La séquence
En effet, la figure de King Arthur est idéale pour illustrer cette tension entre réalité et imaginaire. D’un côté, on est ancré dans un contexte historique identifiable : la Bretagne médiévale, les royaumes, les chevaliers. De l’autre, on bascule dans un univers où apparaissent des éléments merveilleux : Excalibur, Merlin, la Table ronde.
Ce mélange permet de faire comprendre aux élèves que :
- le monde imaginé s’appuie sur des éléments réels (organisation sociale, valeurs chevaleresques),
- mais qu’il les transforme pour construire un récit symbolique.
Autrement dit, on est exactement dans l’esprit du programme : un imaginaire qui se nourrit du réel.
Les objectifs
En outre, cette séquence permet d’aller au-delà du simple récit de légende. On peut amener les élèves à :
- identifier les éléments réalistes et imaginaires,
- comprendre les valeurs mises en avant (courage, loyauté, justice),
- réfléchir à la fonction du récit : pourquoi raconter cette histoire ?
Et, bien sûr, cela reste un support extrêmement motivant pour travailler la narration simple, la description et les émotions.
Un imaginaire nourri de clichés
La problématique
Comment les récits traditionnels construisent-ils et diffusent-ils des images stéréotypées ?
Cet objet d’étude est, à mon sens, l’un des plus subtils du programme. Il ne s’agit pas seulement d’étudier l’imaginaire, mais de comprendre comment celui-ci peut véhiculer des représentations simplifiées, parfois figées.
Et c’est exactement ce que permet la légende de Saint George.
La séquence
La figure de Saint George met en scène une opposition très marquée :
- le héros courageux
- le monstre terrifiant
- la princesse à sauver
On est ici dans un récit extrêmement codifié, presque archétypal. Et c’est précisément ce qui en fait un excellent support pour cet objet d’étude.
Car derrière cette histoire simple se cachent des représentations très fortes :
- le héros masculin, brave et victorieux
- le danger incarné par une créature monstrueuse
- une vision très traditionnelle des rôles
Autrement dit, un imaginaire construit à partir de clichés narratifs et culturels !
Les objectifs
Avec cette séquence, on peut aller bien au-delà du simple conte. Les élèves peuvent être amenés à :
- identifier les rôles des personnages,
- repérer les schémas répétitifs,
- questionner ces représentations (sont-elles réalistes ? actuelles ? universelles ?).
C’est aussi une excellente porte d’entrée pour travailler la comparaison : retrouve-t-on les mêmes clichés dans d’autres histoires ?
Et, de manière très concrète, cela ouvre la voie à des tâches créatives intéressantes ; d’où mon envie, en tâche finale, de réécrire la légende avec une princesse courageuse, un dragon gentil, un prince pleutre … Démontons les stéréotypes !
Conclusion
Pour terminer cet article, un message de soutien. Ces deux exemples montrent bien qu’il n’est pas toujours nécessaire de créer de nouvelles séquences pour répondre aux nouveaux programmes. Bien souvent, il suffit de changer de regard et de clarifier la problématique.
La légende du roi Arthur et celle de Saint George illustrent parfaitement deux manières différentes d’articuler réel et imaginaire :
– l’une en construisant un monde inspiré du réel,
– l’autre en diffusant des représentations codifiées.
En définitive, nos anciennes séquences ont encore toute leur place — à condition de les ancrer clairement dans les attendus actuels. Et, à mon sens, c’est même là que réside tout l’enjeu : non pas repartir de zéro, mais faire évoluer intelligemment ce que nous faisons déjà bien.
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