Mrs Recht's Classroom

Séquences et ressources pédagogiques pour enseigner l’anglais au collège.

 

Devoirs à la maison : on en parle

Devoirs à la maison
Auteur/autrice de l’image
Table des matières

Très tôt dans ma carrière, j’ai arrêté de donner des devoirs traditionnels. Pas par fainéantise — vous me connaissez — mais parce que j’ai réalisé que les devoirs classiques creusaient exactement les inégalités que je passais mes heures de cours à essayer de réduire. Pour autant, mes élèves font de l’anglais à la maison. Comment ? Je vous donne ma technique aujourd’hui.

Devoirs à la maison

Introduction

Tout d’abord, de quels devoirs parlons-nous ? Apprendre une liste de vocabulaire ? Certains élèves ont des parents disponibles, un bureau calme, une méthode. D’autres non. Réviser une règle de grammaire ? Même problème. Le devoir traditionnel présuppose des conditions à la maison que tous nos élèves n’ont tout simplement pas. Mais abandonner les devoirs complètement, c’était aussi renoncer à quelque chose d’important : le lien entre la séance et la suivante, et le travail de mémorisation que seule la répétition permet. Alors j’ai cherché. Et j’ai trouvé quelque chose qui fonctionne — vraiment. Donc les devoirs de mes élèves se bornent à réviser un défi-mémoire sur leur séquence et à apprendre leurs traces écrites.

Cet article fait suite à mon article sur la trace écrite en cours d’anglais. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille de commencer par là ! D’ailleurs, si vous avez la flemme de le lire, je l’ai résumé en vidéo.

Mes devoirs : apprendre la trace écrite

Or donc, la clé c’est de faire apprendre leur trace écrite aux élèves. J’ai tout essayé : les textes à trous, les interrogations de début d’heure, le recap noté … ça marchait … un peu. Mais à terme, j’avoue que c’était assez décevant. Attention, la technique que j’ai adoptée ne fonctionne pas à 100%. MAIS, et c’est sa force, elle donne des résultats pour 100% des élèves. Ils progressent tous. Plus ou moins c’est vrai. Mais les progrès sont au rendez-vous pour tout le monde.

Le principe

Le principe est simple, mais il demande une trace écrite solide (d’où l’importance de soigner cette étape en cours, comme on en a parlé dans l’article précédent).

Voici ce que je demande à mes élèves, à tous les niveaux du collège :

  1. Relire la trace écrite à voix haute — pas dans leur tête, à voix haute.
  2. Enregistrer cette lecture en mp3, avec leur téléphone ou via Vocaroo, et déposer l’enregistrement sur notre Digipad de classe (protégé par mot de passe).
  3. Formuler une ou deux questions en anglais ou en français sur le contenu de la trace écrite, qu’ils poseront à l’oral au cours suivant.

C’est tout. Juste : tu relis, tu enregistres, tu prépares une question.

Les limites

Sans doute m’opposerez-vous que c’est très léger. Et je ne m’en offusquerai pas. C’est vrai. Et c’est un des objectifs. J’ai drastiquement réduit la quantité et surtout le type de devoirs en devenant maman. Mes enfants arrivent à la maison à 18h30 après avoir pris le bus (nous vivons en campagne). Ils sont épuisés, affamés. Ils ont déjà des exos en maths, en français au minimum. Même si nous nous avançons le weekend. Alors je les plains quand ils ont plus de 30min de devoirs. Et parfois on dépasse largement l’heure ! Et surtout, sans en avoir l’air, cette technique travaille bien plus de compétences qu’il n’y paraît de prime abord.

Pourquoi ça marche : ce que dit la recherche

En effet, ces devoirs, ce n’est pas juste une idée sympa. C’est une stratégie qui s’appuie sur plusieurs mécanismes bien documentés en sciences cognitives.

L'effet de production (production effect)

Lire à voix haute, c’est produire la langue — et cela laisse une trace mémorielle plus forte que la lecture silencieuse. Ce phénomène, appelé production effect en psychologie cognitive, est établi depuis les travaux de MacLeod et al. (2010) : ce qu’on dit à voix haute est mieux mémorisé que ce qu’on se contente de lire. Pour nos élèves en anglais, c’est doublement pertinent : ils travaillent la prononciation en même temps qu’ils mémorisent le contenu.

La récupération en mémoire (retrieval practice)

Formuler une question sur la trace écrite, c’est obliger son cerveau à traiter l’information, pas seulement à la relire passivement. La retrieval practice — le fait de se tester soi-même — est l’une des stratégies d’apprentissage les mieux validées scientifiquement (Roediger & Karpicke, 2006). En demandant à l’élève de se mettre dans la peau de celui qui évalue, on l’oblige à hiérarchiser, comprendre, reformuler.

La charge cognitive réduite

Enregistrer une lecture, c’est une tâche accessible à tous, quel que soit le niveau. Il n’y a pas de compétence rédactionnelle exigée, pas de grammaire à produire de zéro, pas de risque de « bloquer ». Même un élève en grande difficulté peut ouvrir son cahier, lire ce qui est écrit, et appuyer sur « enregistrer ». C’est la définition d’un devoir inclusif.

Comment ça se passe concrètement

L'enregistrement

Voici des options que j’ai testées et qui fonctionnent bien :

  • Le téléphone : dictaphone intégré, simple, universel. Tous les élèves ou presque ont un téléphone. Le fichier est déposé ensuite sur le Digipad.
  • Digipad justement propose de manière intégrée un enregistreur audio. Vos élèves se connectent (vous pouvez même l’intégrer dans votre ENT), cliquent sur le + puis enregistrent leur lecture. Et c’est bon. (C’est ma technique préférée, sans prise de tête)
  • Vocaroo : outil en ligne gratuit, sans inscription, qui génère un lien à coller directement dans le Digipad. Pratique pour les élèves qui font leurs devoirs depuis un ordinateur. Deux autres sites permettent de faire la même chose : Digirecord et Online Voice Recorder.
  • Et bien sûr, votre ENT a sans doute une solution intégrée.

Le partage

Le Digipad est un mur collaboratif protégé par mot de passe — les enregistrements y sont déposés, je peux les écouter si je veux vérifier que le travail a bien été fait, et les élèves peuvent aussi les consulter entre eux. C’est RGPD et c’est ultra facile. Je refuse qu’ils me l’envoient pas email (être bombardée d’emails non merci). Je coche juste ceux qui ont fait le travail. Plutôt d’ailleurs que de cocher qui ne le fait pas, comme ça à la fin du trimestre/semestre, je donne un bonus à tous ceux qui ont régulièrement enregistré leur trace écrite. Avec deux classes de 6e, qui étaient un peu compet’ compet’, on tirait quelqu’un au sort, et on écoutait puis on répétait. Mais je ne l’ai jamais fait avec les 3e. C’est trop la honte madame.

Les questions

Les élèves préparent une ou deux questions sur la trace écrite. Elles peuvent être :

  • en anglais (objectif idéal),
  • en français (acceptable, surtout en 6e et 5e, ou pour les élèves les plus en difficulté).

Le lendemain, en début de cours, quelques élèves volontaires ou désignés posent leurs questions à la classe. C’est un rituel de révision naturel qui remplace le classique « alors, qu’est-ce qu’on a fait la dernière fois ? » — mais version élèves-acteurs plutôt que prof-qui-relance. On a notamment de beaux exemples de traduction ou de reformulation.

En conclusion

Ce rituel a transformé notre rapport aux devoirs. Quelques observations concrètes :

Les élèves qui « ne font jamais leurs devoirs » font celui-là. Parce qu’il ne demande ni aide parentale, ni matériel particulier, ni compétences qu’ils n’ont pas encore. Juste un téléphone et leur cahier.

La qualité des questions est révélatrice. Un élève qui pose « What did we talk about? » n’a pas vraiment relu. Un élève qui demande « Why did we say that Australia celebrates two national days? » a compris. Ça me donne une lecture rapide des représentations de la classe. On joue d’ailleurs avec des ardoises pour répondre. Gros succès !

La prononciation s’améliore. En se réécoutant (parfois), les élèves prennent conscience de leurs approximations. Ce n’est pas le but premier, mais c’est un bénéfice réel.

Le début de cours est plus vivant. Les questions posées par les élèves lancent naturellement une mini-discussion ou une reformulation collective — une mise en activité immédiate qui remplace avantageusement le silence gêné des premières minutes.

4 commentaires

  • Anne-Sophie Tournoux dit :

    Bonjour Estelle, un grand merci pour cet article qui donne à réfléchir sur les devoirs et permet vraiment de les voir sous une autre perspective 🙂 Très intéressant ! Bonnes vacances à vous.

  • cath dit :

    Je trouve cet article très intéressant, et les idées m’inspirent. Toutefois, nous essayons de réduire le numérique, bcp de mes élèves n’y ont pas accès avant que leurs parents ne rentrent du travail, ce que je trouve bien. Mais ici, bcp de parents rentrent tard, vers 19, 20 heures. Et beaucoup de mes élèves n’ont pas de téléphone en 6eme, ce que je trouve bien aussi. J’aime particulièrement l’idée de les faire travailler sur des questions à poser.
    Comment les faire s’entraîner à l’écrit? Pour beaucoup de mes élèves, c’est un point faible, car ils sont -pour la moitié d’une classe environ- en difficulté en français. (syntaxe, ponctuation, conjugaison etc) Merci!!

    • Mrs Recht's Classroom dit :

      Sans numérique, c’est faisable aussi, tu la leur fais réciter au retour en classe et ils peuvent écrire les questions sur leur cahier par exemple. Tu trouveras sur le blog plein d’idées de rituels pour travailler les 5 activités langagières.

  • Emilie dit :

    Bonjour!
    Merci Estelle pour ce bel article complet avec des références à la recherche. Voici de belles pistes concrètes à mettre en place pour l’année prochaine.
    Bel été

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Chat

En savoir plus sur Mrs Recht's Classroom

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture