Comment garder l’attention de nos élèves ? Car si on peut la capter pour les premières minutes de cours, bien vite, leur regard se perd, les stylos s’arrêtent (ou se mettent à cliquer frénétiquement), la concentration s’effrite et les bavardages commencent. Pourtant, ce n’est pas toujours par manque d’intérêt ou de bonne volonté : le cerveau humain n’est pas conçu pour maintenir une attention continue trop longtemps, surtout chez les adolescents.
Plutôt que de lutter contre cette réalité, apprenons à la contourner. Comprendre les mécanismes de l’attention, c’est apprendre à rythmer, relancer et nourrir la curiosité naturelle de nos élèves.
Les mécanismes de l’attention
Réflexions liminaires
Selon les travaux de Johnstone & Percival (University of Glasgow, 1976), l’attention en cours commence à décliner dès la dixième minute d’écoute continue. D’autres recherches récentes (Bligh, What’s the Use of Lectures?, 2000) confirment que la courbe d’attention suit une alternance de pics et de creux, avec une récupération possible dès qu’un nouvel élément (visuel, oral, gestuel) intervient.
Chez les adolescents, ce phénomène est accentué par des facteurs émotionnels : fatigue, multitâche numérique, surcharge cognitive. L’attention n’est donc pas une ressource linéaire, mais une succession de micro-focalisations. Ce que j’ai observé dans mes classes, c’est que les moments où les élèves « décrochent » sont souvent ceux où ils ne savent plus pourquoi ils apprennent ce qu’ils apprennent, ou quand la tâche est trop longue et trop floue. Donc, notre rôle n’est pas de prolonger artificiellement la concentration, mais de la relancer à intervalles réguliers — comme un chef d’orchestre qui module le rythme.
La génération zapping
Par ailleurs, nous enseignons à une génération qui grandit dans un monde d’interruptions permanentes. Le smartphone, les notifications, les vidéos de dix secondes et les flux infinis ont profondément transformé la manière dont les jeunes traitent l’information. La génération actuelle n’a pas moins d’attention que les précédentes : elle a simplement appris à la fragmenter. Les chercheurs en sciences cognitives parlent désormais d’« économie de l’attention » : un environnement où chaque application se bat pour quelques secondes de disponibilité mentale. D’après une étude de Microsoft Canada (2015), la durée moyenne d’attention soutenue est passée de 12 secondes en 2000 à 8 secondes quinze ans plus tard — soit moins que celle d’un poisson rouge, selon la formule devenue célèbre.
Sans dramatiser, cela montre combien notre rôle d’enseignant est désormais contre-culturel : nous devons réapprendre à nos élèves à se concentrer, à ralentir, à écouter une consigne sans stimulus visuel constant. Mais cela ne signifie pas qu’il faille bannir les écrans : au contraire, ils peuvent devenir des alliés, à condition d’être utilisés comme leviers de curiosité et non comme distractions. Car le défi n’est pas de supprimer la stimulation, mais de la canaliser.
Mise en pratique
Découper la séance en mini-blocs
Par conséquent, l’attention se renouvelle lorsqu’on change de modalité. Alors, varier le rythme toutes les 8 à 10 minutes n’est pas une fantaisie : c’est une exigence cognitive ! Vous pouvez, par exemple :
- Commencer par une warm-up activity courte (une devinette, une image à décrire, un mot mystère) ;
- Poursuivre avec un document déclencheur (extrait vidéo, texte authentique, chanson) ;
- Enchaîner sur une tâche active : jeu de rôle, quiz rapide, mini-débat ;
- Poursuivre avec une trace écrite active (voir l’article sur la trace écrite) ;
- Terminer par un rituel de sortie dynamique.
On peut très bien capter l’attention avec un changement de posture, un silence, un regard, ou un objet sorti du sac — pas seulement avec de la technologie. Et vous le savez je crois beaucoup à la manipulation pour permettre de recentrer l’attention (tant dans la construction de nos célèbres flapbooks, que dans l’utilisation de dés de conversation ou de la manipulation de mots étiquettes).
Introduire des interactions régulières
De plus, vous pouvez également varier les modalités de travail. La pédagogie active n’est pas une mode : c’est une nécessité neurocognitive. En effet, les travaux de Vygotski et Bruner ont montré que l’apprentissage est un processus social, qui se nourrit de l’interaction et de la verbalisation. Dès lors, chaque moment d’échange, même bref, réactive l’attention. Pourquoi ne pas…
- Intégrer un « turn and talk » : les élèves échangent en binômes pendant une minute sur une question simple avant la mise en commun ?
- Utiliser le think-pair-share : réflexion individuelle, échange en duo, puis restitution collective ?
- Ou bien le class teach détaillé dans l’article sur la grammaire ou encore sur celui sur la phonologie ?
Ces micro-interactions créent des pauses mentales dynamiques, où la parole circule et la concentration se réinstalle. Et elles changent le rythme sans vous obliger à créer 4 activités complexes. N’oublions pas que les neurosciences montrent que l’attention fonctionne comme un muscle. On peut donc entraîner la concentration à redevenir plus durable. A nous d’alterner aussi le volume sonore et donc les stimulations sensorielles pour entraîner à la concentration. Une minute de recentrage peut suffire : respiration guidée, observation silencieuse d’une image, reformulation en chuchotant d’une phrase entendue.
Créer du lien et du sens
Enfin, l’attention se nourrit du sens perçu. Si l’élève ne comprend pas pourquoi il fait une activité, il se déconnecte. Les neurosciences de l’éducation (Stanislas Dehaene, Apprendre !, 2018) rappellent que la motivation naît de quatre piliers : attention, engagement actif, retour d’erreur, et consolidation. Le sens joue ici un rôle clé.
- Lorsque vous travaillez le present continuous, reliez-le à la vie quotidienne : “What are you doing now?” “What’s your best friend doing right now?”
- Sur un thème culturel, laissez les élèves choisir entre plusieurs supports (clip, article, jeu) selon leur affinité.
- Faites-leur verbaliser : “Why are we doing this activity?”
Cette question simple ancre la conscience de l’apprentissage et réduit les phases de désengagement. Elle permet aussi de ne pas perdre de vue la tâche finale que vous prévoyez (et que les élèves ont grandement tendance à oublier).
Conclusion
En conclusion, le décrochage attentionnel n’est pas un échec : c’est un rythme naturel. Mais en structurant nos cours comme une partition, en alternant les tempos et les modes de participation, nous pouvons transformer chaque baisse de tension en relance de curiosité. C’est là tout l’art de l’enseignement : écouter le silence avant qu’il ne devienne désintérêt, et le remplir d’un nouvel élan. En alternant rythme et silence, papier et écran, action et réflexion, nous pouvons leur redonner ce bien précieux : la présence. Car il n’y a pas d’apprentissage, de mémorisation à long terme ni donc de progrès véritable sans attention. Elle doit être au coeur de nos pratiques.
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Un commentaire
Bonjour, Merci pour ces pistes! C’est un axe de travail essentiel pour nos cours.