Mrs Recht's Classroom

Séquences et ressources pédagogiques pour enseigner l’anglais au collège.

 

Trop d’idées ? Comment faire ?

Trop d'idées n'est pas un problème
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Avoir des idées, c’est bien. En avoir trop, est-ce possible ? viable ? utile ? Ce matin, on discuter ensemble de cette sensation très étrange qui parfois m’empêche d’avancer alors que je suis loin de manquer de créativité !

Cette article est le premier d’une série de quatre articles que vous retrouverez en pied de page lors de leur publication.

Trop d'idées n'est pas un problème

Introduction

Avez-vous déjà ressenti cette sensation très particulière dans notre vie d’un professeur d’anglais ? Ce moment où vous vous rendez compte que vous avez trop d’idées ? Elles sont là, partout. Dans un carnet posé au fond du sac. Dans un dossier numérique au nom flou — idées, à creuser, pour plus tard. Dans les marges d’un cahier de préparation. Dans les notes prises à la va-vite après une formation, un webinaire, une discussion en salle des profs. Elles surgissent aussi pendant les vacances, devant un film, un article, une exposition, une chanson entendue par hasard.

A vrai dire c’est peut-être simplement mon hyperactivité qui me fait agir ainsi. Faites-vous pareil que moi ? Car au début, ce trop-plein me plaisait. Il était même grisant. Il me donnait le sentiment d’être vivante professionnellement si j’ose dire, curieuse, engagée. Puis, insidieusement, il est devenu lourd à porter. Non pas parce que mes idées étaient mauvaises — bien au contraire je pense — mais parce qu’elles s’accumulaient sans jamais trouver leur place. Et un jour, je me suis surprise à penser : « j’ai l’impression que je devrais tout jeter ».

Les causes du trop-plein

Le malentendu autour du trop-plein

Pourtant, dans notre métier, avoir beaucoup d’idées est souvent perçu comme une qualité. Il est vrai qu’on valorise l’enseignant créatif, inspiré, toujours prêt à renouveler ses pratiques. Notamment nos inspecteurs qui nous poussent à créer sans suivre de manuel. Si cette image est séduisante en apparence, elle cache un malentendu cruel : la créativité n’est pas infinie et elle s’entretient. Bien sûr, avoir trop d’idées n’est pas le signe que quelque chose ne va pas. Car, c’est surtout le signe que l’on observe, que l’on lit, que l’on écoute, que l’on s’intéresse. C’est aussi le signe d’un enseignant connecté au monde, à la culture, à ses élèves.

Autrement dit, c’est le symptôme d’un métier exercé avec sérieux et curiosité. En somme, le problème n’est donc pas le trop-plein en lui-même. Le problème apparaît lorsque ce trop-plein devient silencieux, culpabilisant, presque honteux. Lorsqu’on commence à penser que ne pas exploiter une idée, c’est la gâcher. Ou que laisser un projet de côté, c’est échouer. Voire qu’y renoncer, c’est trahir une de nos ambitions pédagogiques donc trahir nos élèves. Or, ce raisonnement est profondément injuste envers nous-mêmes. J’ai donc décidé de changer ma façon de considérer mes idées.

Ce qui fatigue vraiment

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas les idées qui m’épuisent. Ce qui me fatigue, c’est la pression implicite de devoir les utiliser. D’ailleurs, cette pression ne vient pas toujours de l’institution, elle vient aussi de moi. Elle naît souvent de comparaisons diffuses : ce collègue qui a monté un projet incroyable, cet article lu en ligne, cette ressource repérée trop tard, cette impression que les autres avancent pendant que je piétine. À cela s’ajoute une réalité très concrète : le temps. Le temps de préparation, de correction, en classe, le temps personnel aussi.

En effet, mes idées, elles, ne connaissent pas ces limites temporelles. Elles surgissent sans prévenir, sans se soucier de l’emploi de mon temps réel, du jour ou de la nuit. Peu à peu, un décalage s’installe entre ce que j’aimerais faire et ce que je peux réellement mener. Et ce décalage, s’il n’est pas clairement identifier, devient chez moi une grande source de découragement.

Le fantasme du professeur qui fait tout

En outre, il existe un fantasme tenace dans l’imaginaire enseignant : celui du professeur qui parvient à tout faire. Celui qui exploite chaque idée, chaque thème, chaque opportunité culturelle. Celle qui renouvelle sans cesse ses séquences, adapte tout, innove en permanence. Ce fantasme est séduisant, mais il est aussi dangereux pour notre santé mentale. En effet, il repose sur une vision irréaliste du métier, qui oublie que l’enseignement est un travail de choix, de priorisation, de renoncements assumés. Faire des choix ne signifie pas manquer d’ambition. Cela signifie au contraire avoir compris que l’efficacité pédagogique ne se mesure pas à la quantité d’idées exploitées, mais à la cohérence de l’ensemble.

Que faire de ces idées ?

Toutes les idées ne demandent pas à être utilisées

Tout d’abord, et c’est peut-être l’un des points les plus difficiles à accepter : certaines idées n’ont pas vocation à être exploitées immédiatement. J’ai mis un certain temps à admettre que ce n’était pas grave. Une idée peut être intéressante sans être urgente. Inspirante sans être exploitable. Belle sans être adaptée à une classe donnée, à un moment donné. Elle peut simplement nourrir notre réflexion, affiner notre regard, enrichir notre culture professionnelle. En acceptant cela, j’ai appris à me libérer d’une injonction inutile : reconnaître que mon rôle d’enseignant n’est pas de transformer chaque inspiration en séance, mais de construire un parcours d’apprentissage solide et lisible.

L’illusion du « plus tard »

Pour autant, il est important de ne pas tomber dans le travers inverse. Face au trop-plein, beaucoup d’entre nous adoptent la même stratégie : tout garder “pour plus tard”. Donc quand on aura le temps, quand la classe sera plus réceptive, quand les programmes changeront. En somme, quand les conditions seront réunies. Si cette stratégie est compréhensible et viable à court terme, elle a un véritable effet pervers : elle maintient les idées dans un état de suspension permanente. Elles ne sont ni abandonnées, ni réellement intégrées. Mais, elles flottent, encombrent l’esprit, sans jamais trouver de résolution. Reconnaître que certaines idées ne seront peut-être jamais exploitées n’est pas un échec. C’est un acte de lucidité professionnelle.

Désamorcer le trop-plein

Enfin, mettre des mots sur cette situation est déjà une forme de soulagement. Se dire que l’on a peut-être trop d’idées. Comprendre que l’on ne pourra pas tout faire. Admettre que l’on hésite, que l’on doute, que l’on trie. Pourtant, ce discours est encore trop rare dans notre profession, souvent dominée par des récits de réussite, de projets aboutis, de séquences clés en main. Or, la réalité du métier est faite de tentatives, d’ajustements, de choix imparfaits. C’est pourquoi je voulais partager cette réalité avec vous, pour redonner une place à l’ordinaire du travail enseignant entre l’idéal et le quotidien.

Changer de perspective

Une étape, pas une impasse

Comme premier conseil, je vous dirais ceci. Plutôt que de voir ce trop-plein comme un problème à résoudre, on peut aussi le considérer comme une étape. Une phase normale dans notre parcours d’un enseignant qui construit, affine, consolide sa pratique. Ainsi, il y a des périodes où l’on accumule. D’autres où l’on structure. Certaines encore où l’on stabilise. Ces phases ne sont pas linéaires, et elles ne se ressemblent pas d’une carrière à l’autre. Donc, inutile de nous comparer les uns aux autres. Reconnaître cela permet de sortir d’une vision binaire du métier : réussir / échouer, avancer / stagner. Je crois profondément que le travail pédagogique est beaucoup plus subtil que cela. Et que, si nous voulons enseigner à nos élèves à se tromper, nous devons accepter de le faire aussi.

Ce que ce trop-plein dit de nous

Mon deuxième conseil est de comprendre qu’avoir trop d’idées dit quelque chose de notre rapport au métier. Cela dit notre curiosité. Notre attachement à la culture anglophone. Et notre envie de transmettre plus que des règles grammaticales. Donc notre volonté de faire sens. Plutôt que de combattre ce trop-plein, je suis convaincue que nous devons l’écouter, nous écouter. Demandons-nous ce qu’il révèle de nos valeurs, de nos priorités, de ce que nous jugeons important pour nos élèves. Toutes les idées n’ont pas vocation à être exploitées, mais toutes peuvent être révélatrices.

Conclusion

Pour terminer, ce premier article n’a pas vocation à donner des solutions. En effet, il n’explique pas comment trier, ni comment choisir, ni comment transformer une idée en séquence. Mais il propose un premier pas fondamental : accepter. Accepter que …

  • le trop-plein fait partie du métier.
  • l’on ne peut pas tout faire.
  • que le renoncement n’est pas une faute professionnelle.

C’est à partir de cette acceptation que des choix apaisés deviennent possibles. Dans les articles suivants, je partagerai des stratégies pour gérer ce trop plein. Il y sera notamment question de cadre, de discernement, de construction sur la durée. Mais avant d’en arriver là, il m’était nécessaire de poser ce constat sans jugement, sans méthode, sans injonction. Avoir trop d’idées n’est pas un problème.
Le véritable enjeu est ailleurs.

4 commentaires

  • Emilie dit :

    Un article qui fait du bien… 🙂 De mon côté je ne suis pas très créative, mais j’ai toujours envie d’essayer de nouvelles choses et d’exploiter de nouveaux documents!

  • Emilie dit :

    Hello Estelle,
    Merci pour cet article! J’ai ma petite technique j’ai 4 carnets (un pour chaque niveau 6/5/4/3) où je note des idées de séquence (documents, thème, activité, éventuellement une ébauche de déroulé) et un autre cahier où je note des idées de pratiques (idées d’activités, idées de jeux, de rituels, de notes que je prends si j’écoute un webinaire ou un podcast). Je m’y retrouve comme ça et comme tu le dis bien, le temps n’est pas extensible et j’essaie d’être le plus efficace possible. Il faut faire des choix!
    Bon week-end 😌

  • Laporte Sophie dit :

    Hello !!! Serendipity …. Je suis en train de réaliser la même chose. Je suis une machine à idées et souvent très frustrée de ne pas les exploiter … c’est même souvent les autres qui le font à ma place car je partage énormément ! Merci pour ce retour à la lucidité, pour ce petit repos mental autorisé 🙂 belle annee 2026 dans la gentillesse avec soi meme !

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