Enseigner en 2020 : ce qui m’a manqué

Enseigner en 2020

Sommaire

Enseigner en 2020 n’aura pas été facile. Rien ne l’a été d’ailleurs. Mais ce qui m’a manqué, professionnellement, c’est avant tout l’essence de mon métier. 

Enseigner en 2020

2020 : l'heure des constats

A l’heure du bilan de cette année 2020, les constats ne sont pas très réjouissants. L’humeur est globalement morose, la fatigue est bien présente et l’envie, de tout, manque cruellement. Le constat le plus douloureux est sans doute que je n’ai pas pris grand plaisir à enseigner en 2020. Bien sûr, il y a eu des moments sympathiques, des retrouvailles agréables mais, je n’ai pas vécu une rentrée dans la joie, à aucun moment. Et si je dois être totalement honnête avec moi-même et avec vous, je crois que je n’ai pas bien enseigné en 2020. Tout ne fut que tâtonnements, essais  parfois infructueux, frustration partagée et questionnements incessants.

Après y avoir réfléchi longuement, je crois que ce qui a le plus manqué à mon enseignement fut la créativité. Elle est très présente dans mon quotidien. Mais règle après règle, contrainte après contrainte, protocole sur protocole, j’ai peu à peu vu cette « liberté pédagogique » qui m’est si chère s’effriter pour ne pas dire disparaître.

La culpabilité est bien là – tout comme ma petite voix intérieure : « tu es une imposture ». Mais je veux me retrouver pour m’épanouir à nouveau en classe. Je dois récupérer cette envie d’être créative en classe.

2020 : ce qui m'a manqué au quotidien

Mrs Recht mindmap
Peu de projets en 2020

Le premier confinement a mis un coup d’arrêt à de très nombreux projets entamés l’an passé. A commencer par les projets eTwinning, car nos voisins européens ont vécu la même situation que nous. Le distanciel ne favorise pas le maintien des projets : on passe en mode survie. On doit faire l’essentiel, et plus que l’essentiel. Ce qui est superflu, ou chronophage, ou bien qui demande du guidage doit être abandonné. A regret. Heureusement, il y a aussi eu du positif. Les 6e ont maintenu le rythme des envois : notre routine quotidienne a été envoyée et à notre retour le 22 juin, nous avons reçu leurs lettres. On n’avait pas tout perdu !

Les projets intra-établissement sont également tombés à l’eau, notamment pour ceux qui comme moi, ne sont revenus que très tard. On nous a un peu oubliés, laissés de côté. On a bouclé comme on le pouvait, sans nous. Ce fut très dur de ne pas mener ces projets à leur terme. Si dur, que je n’ai pas réussi à me lancer à la rentrée dans autant de projets que je l’aurais voulu. Mais il en reste : un projet « masques » qui tombe bien en 5e, un autre sur la seconde guerre mondiale en 3e et collège au cinéma que l’on maintient coûte que coûte en espérant montrer les films en 6e.

Trop peu de partages en 2020

Heureusement que deux de mes collègues sont là ! Nous avons réussi à maintenir un vrai travail d’équipe en distanciel avec notamment la création de cahiers de révisions pour tous les niveaux et de progressions communes à nous 3. Le partage c’est vital pour moi et je ne pouvais pas abandonner ce pan de mon métier, notamment parce que je suis aussi coordo de l’équipe. Mais avec les élèves, plus de jeux, plus d’ateliers d’écriture. Les partages sont « interdits », « non recommandés », « à limiter ». Et comme je ne veux prendre aucun risque pour mes élèves, pour moi-même ou pour ma famille, je sacrifie aussi ce partage avec les élèves.

Plus de déplacements en 2020

Dans ma classe, normalement, on se déplace. On bouge, on change de place. On tourne d’atelier en atelier. On écrit à 12 mains au tableau. On s’asseoit par terre. On lit des livres que l’on se prête. Toutes ces activités ont été mises entre parenthèses. D’abord parce que je n’avais pas ma salle. Ensuite parce qu’on n’en avait pas le droit. Et aussi avouons-le parce que l’envie s’étiole. L’effort est tellement important pour inventer une nouvelle façon de faire… tellement d’énergie à trouver. Je suis heureuse d’avoir réussi parfois à trouver l’envie de faire plus, mieux et surtout encore. Mais je sais que je ne l’ai pas fait assez.

Pas assez de collaborations en 2020

Malgré l’envie et la volonté, je dois admettre que les travaux de groupes dans une salle en autobus ont souvent laissé la place à des pairworks (trop) guidés. Je n’aime pas le frontal et mes cours de n’y prêtent pas. Je m’y ennuie. Je ne suis pas sûre que les élèves le voient. Ils ont adoré les cahiers de révisions, ils sont globalement concentrés en classe et participent toujours aussi activement. Mais, moi, je trouve cet enseignement masqué, à distance, sans partage d’un déprimant !

2021 : ce qui va changer

D’une part, si la créativité m’a manqué et que je souhaite la retrouver, cela ne signifie par qu’elle a disparu ni que j’ai fait une croix dessus. D’autre part, je ne suis pas que créative ! Je suis aussi volontaire, organisée et patiente et je sais que l’espoir renaît avec l’arrivée de 2021. En tous cas je m’y accroche. Je veux tourner la page, pour avancer, et surtout fermer cette parenthèse certes longue et déprimante pour me retrouver.

Je vais donc maintenir les pairworks là où j’avais des groupworks auparavant en insistant particulièrement sur le classroom english que j’ai un peu délaissé cette année. Je vais aussi pouvoir me déplacer – pas dans une autre salle, je n’en ai pas le droit #personnevulnérable mais en emmenant les élèves lire au CDI. Là, ils ont le droit ! Enfin, je vais aussi poser un regard bienveillant sur moi-même. J’ai mené des projets, j’ai proposé des séquences qui ont plus, j’ai corrigé des tâches finales réussies, j’ai reçu des sourires-d’yeux par dizaines. 

Espérons simplement que ce que nous avons vécu en 2020, tous, collectivement et individuellement, nous fasse avancer et non reculer.

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